Vers un Fret DĂ©carbonĂ© en un clin dâĆil
đż Focus du mois : Vers une taxe carbone sur le transport maritime
âïž AĂ©rien : Une Ă©quation carbone de plus en plus difficile Ă rĂ©soudre
â©ïž Retour sur : MACF : les petits importateurs exemptĂ©s ?
đż Focus du mois
Une premiĂšre mondiale : vers une taxe carbone sur le transport maritime
Le transport maritime Ă©tait lâun des seuls secteurs, avec lâaviation, Ă ne pas ĂȘtre rĂ©glementĂ© par lâAccord de Paris. Cela pourrait bientĂŽt changer.
Une taxe carbone internationale en préparation
DĂ©but avril, lâOrganisation Maritime Internationale (OMI) a franchi une Ă©tape historique en validant le principe dâune taxe carbone mondiale appliquĂ©e au transport maritime. Le projet prĂ©voit un prix plancher de 100 $ par tonne de gaz Ă effet de serre Ă©mise par les grands navires.
Lâadoption officielle est attendue pour lâautomne 2025, avec une mise en Ćuvre prĂ©vue en 2028.
Un consensus encore fragile
Si le projet avance, le consensus reste délicat.
- 63 pays, parmi lesquels la Chine, le BrĂ©sil, lâAfrique du Sud et une majoritĂ© dâĂtats europĂ©ens, se sont prononcĂ©s en faveur.
- Les pays exportateurs de pétrole ont exprimé une franche opposition.
- Les Ătats insulaires, particuliĂšrement vulnĂ©rables aux effets du changement climatique mais aussi trĂšs dĂ©pendants du transport maritime, ont plaidĂ© pour une taxe plus ambitieuse (>150 $) et un mĂ©canisme de redistribution des revenus. Faute dâaccord, ils se sont abstenus.
- Les Ătats-Unis, de leur cĂŽtĂ©, ont boycottĂ© la rĂ©union, refusant toute taxation internationale sur le fret maritime.
- Les ONG souhaitent un accord plus ambitieux.
Accord ou pas accord, lâUnion europĂ©enne prend les devants
Sans attendre un accord mondial, lâEurope a dĂ©jĂ dĂ©gainĂ© : depuis dĂ©but 2024, le transport maritime est intĂ©grĂ© au systĂšme dâĂ©change de quotas carbone (ETS).
Le coĂ»t du carbone avoisine aujourdâhui 90 ⏠la tonne, mais ce systĂšme ne concerne pour lâinstant que les flux intra-europĂ©ens, ou ceux partant ou arrivant dâun port europĂ©en. Voir Ă©dition n°2.
Quel impact pour les chargeurs ?
En cas dâadoption, cette taxe carbone mondiale reprĂ©senterait un surcoĂ»t estimĂ© entre 120 et 180 ⏠par TEU sur un trajet AsieâEurope. Soit +5% sur la facture transport.
OĂč va lâargent ?
LâOMI prĂ©voit de gĂ©nĂ©rer 11 Ă 13 milliards de dollars par an grĂące Ă cette taxe, versĂ©s dans un fonds âzĂ©ro Ă©mission netteâ.
Objectifs annoncés :
- Financer la transition énergétique du secteur maritime
- Soutenir lâinnovation pour les carburants bas carbone
- Aider les pays en développement à moderniser leur flotte et infrastructures
âïž Transport aĂ©rien : une Ă©quation carbone de plus en plus difficile Ă rĂ©soudre

De mĂ©moire dâhomme, on nâa jamais transportĂ© autant de fret aĂ©rien
Le fret aérien bat des records en 2024 :
- +11,3% dâactivitĂ©, dĂ©passant les volumes records de 2021
- +7,4% de capacité
Cette croissance est principalement alimentĂ©e par lâessor de lâE-Commerce, avec des acteurs majeurs comme Temu, Shein, Alibaba et TikTok (voir Ă©dition #5).
Ce qui complique énormément la décarbonation du secteur
A traffic constant, lâindustrie doit rĂ©duire lâintensitĂ© carbone de 3,6% par an pour atteindre lâobjectif de -60% dâici 2050.
Mais si le trafic croĂźt de 3.5% par an (un chiffre bien plus modeste que celui de 2024), la demande aura plus que doublĂ©e en 2050, et la rĂ©duction dâintensitĂ© nĂ©cessaire devient de 7% par an ! Soit 2 fois lâobjectif initial !
Ăa peut sembler abstrait, mais imaginez que vos actionnaires vous demande une croissance annuelle sur 25 ans de 7% par an au lieu de 3.5%. Ce nâest pas le mĂȘme sport.
Un impact financier important pour les chargeurs
Lâimpact financier est difficile Ă estimer avec prĂ©cision, on entend parfois de 10% Ă 50% de coĂ»ts supplĂ©mentaires. Ce qui est certain, câest que le coĂ»t du transport aĂ©rien va augmenter.
Aujourdâhui, câest mĂȘme pire, une entreprise qui souhaite rĂ©duire de 80% son empreinte carbone, en recourant au carburants alternatifs (SAF) double son budget transport aĂ©rien ! Rien de mystĂ©rieux quand on sait que les SAF coĂ»tent entre 3 et 8 fois plus cher que le kĂ©rosĂšne traditionnel. Et que le kĂ©rosĂšne reprĂ©sente 1/3 des coĂ»ts des compagnies.
Alors, tout est chaos ?
Non. Si la demande dans le secteur venait Ă diminuer, ou mĂȘme Ă rester stable, la pression financiĂšre et industrielle pour atteindre les objectifs de dĂ©carbonation sâallĂ©gerait considĂ©rablement.
Et concrĂštement, que faire en tant que chargeur ?
RĂ©duire lâusage du fret aĂ©rien est une solution tout Ă fait envisageable, et souhaitable. Chez OVRSEA, nous avons accompagnĂ© de nombreux clients dans ce changement de pratique.
Avec une philosophie : chaque tonne dâaĂ©rien Ă©vitĂ©e (dĂ©placĂ©e sur du maritime) permet de rĂ©aliser un gain financier de plus de 2 000⏠et de rĂ©duire plus de 4 tonnes de CO2.

đ Dans la prochaine Ă©dition, nous partagerons un cas client concret. Spoiler : nous parlerons dâĂ©conomies de centaines de milliers dâeuros par an.
đ MACF : les petits importateurs exemptĂ©s ?

CâĂ©tait le sujet de notre premiĂšre Ă©dition : le MĂ©canisme dâAjustement Carbone aux FrontiĂšres (MACF), connu sous le doux nom de âCBAMâ chez nos voisins anglo-saxons, entrait en vigueur dĂ©but 2024.
Ce mĂ©canisme impose aux importateurs europĂ©ens dâaluminium ou dâacier (entre autres) de dĂ©clarer les Ă©missions de CO2 gĂ©nĂ©rĂ©es par leurs fournisseurs Ă©trangers lors de la production de ces rĂ©fĂ©rences.
Depuis son annonce, le MACF a suscitĂ© de vives critiques, et le terme âenfer administratifâ est souvent revenu dans les discussions.
Quelle est la bonne nouvelle me demanderez-vous ?
Et bien, de nombreux chargeurs pourraient ĂȘtre exemptĂ©s de cette obligation de reporting.
Le paquet lĂ©gislatif OMNIBUS, adoptĂ© fin fĂ©vrier, prĂ©voit en effet dâexempter les petits importateurs (<50 tonnes par an).
En termes dâimpact, cette mesure a tout pour plaire: elle devrait exonĂ©rer 90% des importateurs, tout en continuant de couvrir 99% des Ă©missions.
Cependant, prudence est âmerâ de suretĂ©. Cette exemption doit encore passer par le processus lĂ©gislatif (Commission, Parlement, Conseil). Il est donc trop tĂŽt pour crier victoire.