Vers un Fret DĂ©carbonĂ© en un clin dâĆil
đż Focus du mois : Le fret Ă lâaube dâune rĂ©volution Ă©nergĂ©tique
đ Routier : Le verdict est tombĂ© : mĂȘme sur longue distance, le camion sera Ă©lectrique
đ± Les bio-carburants : Une ressource prĂ©cieuse⊠et dĂ©jĂ sous tension
đ§ HydrogĂšne bas carbone : Un dĂ©marrage lent, mais un futur dans lâaĂ©rien et le maritime
đż Focus du mois
Le fret Ă lâaube dâune rĂ©volution Ă©nergĂ©tique
đ Le Fret, câest du pĂ©trole, et rĂ©ciproquement
95% du fret mondial est assuré par les énergies fossiles, dont 93% du pétrole.
Réciproquement, un baril de pétrole sur trois est consommé par un véhicule qui transporte des marchandises. En premiÚre approximation, la consommation mondiale de pétrole se répartit comme suit :
- 1/3 pour déplacer des personnes
- 1/3 pour déplacer des marchandises
- 1/3 pour dâautres usages

đ Le Fret, principalement des camions
Zoomons sur le tiers de la consommation de pétrole destiné au fret.
Les camions représentent 75% du pétrole consommé par le fret. Les 25% restants sont destinés aux porte-conteneurs (fioul lourd) et aux avions (kérosÚne).

đ„ La fin du pĂ©trole, câest pour bientĂŽt
Climatiquement, nous devons nous mettre au rĂ©gime. Pour respecter les accords de Paris, les Ă©missions de CO2, et donc la consommation de pĂ©trole dans le secteur, doivent diminuer dâau moins 3 % par an. Soit une division de la consommation par deux dâici Ă 2050.
Climat ou pas climat, il existe aussi une voiture balai : la limite gĂ©ologique. Selon le Shift Project, pour la seule raison de lâĂ©puisement des gisements, la production mondiale de pĂ©trole devrait ĂȘtre divisĂ©e par deux dâici 2050.
đ AprĂšs le pĂ©trole, le dĂ©luge ?
LâextrĂȘme dĂ©pendance au pĂ©trole, couplĂ©e Ă des tensions sur son approvisionnement futur, reprĂ©sente une vulnĂ©rabilitĂ© majeure.
Depuis plusieurs annĂ©es, de nombreux prĂ©tendants se positionnent pour dĂ©trĂŽner le pĂ©trole : gaz, hydrogĂšne, Ă©lectricitĂ©, biocarburants, Ă©lectrocarburants⊠Une certitude demeure : le fret Ă©voluera dâune âhĂ©gĂ©monie du pĂ©troleâ vers un mix Ă©nergĂ©tique diversifiĂ©.
Aujourdâhui, le brouillard se lĂšve et les trajectoires technologiques commencent Ă se dessiner.
đ Explorons la transition Ă©nergĂ©tique du premier secteur consommateur de pĂ©trole.
Le verdict est tombĂ© : mĂȘme sur longue distance, le camion sera Ă©lectrique âĄ

âLâĂ©lectricitĂ© est la technologie alternative la plus pertinente au diesel pour le transport routier de marchandises.â
Câest la conclusion de lâexcellente Ă©tude de Carbone 4, âQuelles technologies pour les poids lourds longue distance de demain ?â
LâĂ©tude analyse huit technologies alternatives sous deux contraintes : le pouvoir dĂ©carbonant et la disponibilitĂ© des ressources.
Résultats des courses ?
â LâĂ©lectrification sâimpose : dĂ©jĂ en cours pour le transport urbain et rĂ©gional, elle deviendra aussi incontournable pour les poids lourds longue distance grĂące Ă la baisse du coĂ»t des vĂ©hicules, lâaugmentation de lâautonomie et le dĂ©veloppement des infrastructures de recharge.
đ° LâĂ©lectrique sera aussi le choix Ă©conomique : le TCO (Total Cost of Ownership), aujourdâhui encore dĂ©favorable (+18%), passera sous celui du diesel dĂšs 2030.
Les bio-carburants : une ressource précieuse⊠et déjà sous tension

La production de bio-carburant se fait Ă partir de ressources renouvelables (non fossiles) :
- 1Úre génération: culture énergétique (colza, betterave)
- 2Úme génération : déchets agri-agro, ménagers ou forestiers
Or, ces ressources sont limitées et convoitées.
Les terres arables font lâobjet de fortes convoitises par de nombreux secteurs (bĂątiment, industrie, agriculture, puits de carbone, etc.), entraĂźnant dĂ©jĂ des dĂ©rives, dont la dĂ©forestation importĂ©e.
Pour ce qui est des dĂ©chets, une Ă©tude dâOVRSEA montre que la valorisation de lâensemble des huiles de cuissons usagĂ©es du monde ne couvrirait que 4% de la consommation Ă©nergĂ©tique du secteur.
Les biocarburants sont donc une ressource précieuse, mais limitée.
Leur utilisation devra ĂȘtre privilĂ©giĂ©e pour le secteur maritime et aĂ©rien, qui ne disposent pas de lâalternative Ă©lectrique.
HydrogĂšne bas carbone : un dĂ©marrage lent, mais un futur dans lâaĂ©rien et le maritime

Le dĂ©fi de lâhydrogĂšne est sa production. Aujourdâhui, 99% de lâhydrogĂšne produit est dâorigine fossile. Son utilisation est donc plus carbonĂ©e que la combustion directe de carburants fossiles.
LâhydrogĂšne âvertâ, produit Ă partir de lâĂ©lectrolyse de lâeau, nĂ©cessite des quantitĂ©s gigantesques dâĂ©lectricitĂ© bas carbone.
LâhydrogĂšne sera marginal sur le routier.
Partout oĂč lâhydrogĂšne concurrence la batterie, notamment dans le transport routier, cette derniĂšre devrait lâemporter. Les deux technologies dĂ©pendent dâune Ă©lectricitĂ© dĂ©carbonĂ©e, lâhydrogĂšne reste cependant bien moins efficace, avec 70% de pertes Ă©nergĂ©tiques contre seulement 25% pour lâĂ©lectrique Ă batterie.

LâhydrogĂšne, pierre angulaire des futurs carburants aĂ©riens et maritimes.
LâhydrogĂšne reste pertinent dans des secteurs oĂč lâĂ©lectrique peine Ă sâimposer : lâaĂ©rien et le maritime.
La nature exacte du carburant reste une inconnue, voici les principales options :
- HydrogĂšne Hâ : stockĂ© sous forme comprimĂ©e ou liquĂ©fiĂ©e.
- Ammoniac NHâ : soluble dans lâeau.
- MĂ©thanol vert CHâOH : liquide.
- E-KĂ©rosĂšne / E-Diesel : produits Ă partir de COâ et dâhydrogĂšne.
Des ambitions mais un retard Ă lâallumage.
Il est important de souligner que cette filiĂšre est en retard. En 2024, seulement 1 million de tonnes dâhydrogĂšne ont Ă©tĂ© produites, soit lâĂ©quivalent dâĂ peine 0,1% de la consommation Ă©nergĂ©tique du fret. Autant dire, rien.
En conclusion
Dans les 25 prochaines annĂ©es, le secteur du fret devra opĂ©rer une transition Ă©nergĂ©tique majeure, du tout-pĂ©trole au profit de trois nouvelles sources dâĂ©nergie plus durables :
- LâĂ©lectricitĂ© : avec les camions Ă batteries pour le transport terrestre.
- Les biocarburants : produits à partir de déchets, mais limités en volume, représentant une petite fraction de la demande énergétique.
- LâhydrogĂšne : sous diverses formes pour les avions et les navires.
ParallÚlement à cette transition, il est essentielle de réduire la consommation énergétique du secteur. Pour cela, quatre leviers :
- Réduire la demande (t.km)
- Encourager le report modal
- Augmenter les taux de remplissage des véhicules
- Optimiser lâefficacitĂ© Ă©nergĂ©tique
Câest en combinant ces actions que le secteur pourra vĂ©ritablement se dĂ©carboner Ă la vitesse des ambitions climatiques !